Calendrier 2010

 

 

 

 

Monsanto, un peu d’histoire

 

 

Monsanto, multinationale américaine née en 1901 à Saint-Louis, initialement spécialisée dans l’industrie chimique, est devenue en un peu plus d’un siècle le leader mondial des biotechnologies, en particulier sur le marché des organismes génétiquement modifiés. Avec ses 17.500 salariés, un chiffre d’affaires de 7,5 milliards de dollars en 2006 et une implantation dans quarante-six pays, Monsanto est le leader mondial des OGM, mais aussi une entreprise pour le moins controversée; c’est qu’au vu de sa production passée, et bien qu’elle tente actuellement de se donner une image d’entreprise des «sciences de la vie» convertie aux vertus du développement durable, les activités de Monsanto en font plutôt une nécro-entreprise: PCB, herbicides dévastateurs, agent orange pendant la guerre du Vietnam, hormones de croissance bovine et laitière interdites en Europe… Depuis sa création en 1901, la firme a accumulé des procès en raison de la toxicité de ses produits. 
Il paraît de ce fait raisonnable de s’interroger sur la bienveillance qu’elle déclare actuellement cultiver à l’endroit de l’humanité. 

 

 La société Monsanto a été fondée au début du siècle passé. Initialement producteur de saccharine, vendue pour l’essentiel à Coca-Cola (alors une petite société en développement), Monsanto se diversifie dès 1904 avec la fabrication de caféine et de vanilline. En 1918 la firme produit de l’aspirine, dont elle restera le premier producteur américain jusque dans les années 1980.  Dès 1929, année de  la cotation de la société à la bourse de New York, Monsanto commence une période d’expansion et de diversification  dans les secteurs du caoutchouc et des phosphates.

Une entreprise des sciences de la vie…

En 1945, devenue, après la deuxième guerre mondiale, un partenaire de l'IG
Farbenfabriken au sein de Chemagrow Corporation, Monsanto débute la production d’herbicides et d’insecticides. L'IG Farbenfabriken avait apporté un soutien financier décisif au parti nazi dans les années trente et elle avait fabriqué le gaz destiné à Auschwitz au début de la décennie suivante. A Chemagrow Corporation, des chimistes nazis et américains ont travaillé ensemble à la mise au point d'armes chimiques, les premiers partageant avec les seconds le fruit de leurs expériences dans les camps d'extermination de l'Allemagne hitlérienne. Edgar Queeny, président de l’entreprise à partir de 1943, se reconnaissait comme un «granitique et froid croyant à la loi de la jungle».

Pendant la deuxième guerre mondiale, alors que les forces américaines repoussent difficilement l'armée japonaise, l'idée est avancée d'affamer le Japon en détruisant les récoltes de riz au moyen d'un herbicide puissant. L'agent orange est testé sur un atoll du Pacifique. Sa nocivité est telle que le président Roosevelt décide d'y renoncer et interdit à l'armée américaine de s'en servir. Ses successeurs n'auront pas les mêmes scrupules. Le Président Eisenhower autorise en 1959 la mise au point de la technologie aérienne permettant l'épandage du défoliant. Avec six autres firmes américaines, Monsanto va fabriquer une  arme chimique redoutable pour l’être humain  et l’environnement.

Pour la première fois, la destruction de l'environnement devient un objectif de guerre. Il faut empêcher que la forêt et le maquis puissent dissimuler l'adversaire, ses caches et ses déplacements. Il faut détruire les récoltes qui servent à nourrir des populations mal contrôlées et inciter les paysans à fuir les campagnes infiltrées par la guérilla. En autorisant l'usage de l'agent orange pour détruire les forêts et les rizières, le président des Etats-Unis a délibérément violé le protocole de Genève de 1925, qui constitue le droit international en vigueur en ce qui concerne les armes chimiques.
De janvier 1962 à 1971, 80 millions de litres de défoliants ont été déversés sur 3,3 millions d’hectares de forêts et de terres vietnamiennes. Plus de 3.000 villages ont été contaminés et 60 % des défoliants utilisés étaient de l’agent orange, représentant l’équivalent de quatre cents kilos de dioxine pure.  A l'hôpital Tu Du d'Ho Chi Minh Ville, depuis 1988, 30 % des nouveaux nés souffrent de malformations : bras ou jambes atrophiés ou déformés, palais fendu, spina bifida, enfants trisomiques.

En 1988, 17 ans après l'arrêt des largages de défoliants, les substances toxiques se retrouvent désormais dans les fruits et les légumes cultivés dans des sols gorgés de la dioxine produite chez Monsanto. Une deuxième génération née après la guerre est victime des armes chimiques utilisées par les Américains. «Ce ne sont pas des bébés qui naissent, ce sont des monstres» s'indigne le Dr Le Diem Huong.

Après la guerre, des milliers de soldats américains, australiens, coréens, néo-zélandais ayant servi au Vietnam ont été et sont encore victimes de maladies de la peau, de tumeurs, de différentes formes de la maladie de Hodgkin, de cancers du poumon, du larynx, de la trachée, de la prostate. Le taux des enfants malformés physiquement ou mentalement, nés d'un père ayant servi au Vietnam, est anormalement élevé. La mort subite chez les bébés de soldats exposés à l'agent orange est quatre fois plus fréquente que chez les autres nourrissons. Le taux de mortalité prématurée est beaucoup plus élevé chez les vétérans du Vietnam exposés aux défoliants que chez les autres anciens combattants.

Comme les autres fabricants de l'agent orange, herbicide et défoliant utilisé par l’armée américaine pendant la guerre du Vietnam, qui s’est révélée être cancérigène, Monsanto s'est vue intenter des procès par des vétérans américains et sud-coréens ainsi qu'une association de victimes vietnamiennes, dont certains ont abouti à une condamnation de la société.

Le PCB

Monsanto a aussi commercialisé un des produits parmi les plus polluants du marché. Ainsi le PCB, huile chimique utilisée comme isolant dans les transformateurs électriques pendant plus de 50 ans. Monsanto en a caché la nocivité jusqu’à son interdiction dans les années 80.

A Anniston, à cause de Monsanto, les habitants meurent les uns après les autres. Des années durant, la firme a déversé des PCB (ou polychlorobiphényles), hautement toxiques, un peu partout dans la ville. Selon un rapport déclassifié, établi  en mars 2005 par la Environmental Protection Agency (EPA, l’Agence américaine de protection de l’environnement), 308.000 tonnes de PCB ont été fabriqués à Anniston de 1929 à 1971. Sur ce total, 32.000 tonnes de ces déchets contaminés ont été déposés dans une décharge à ciel ouvert, située sur le site même, au coeur de la communauté noire de la ville. À l'issue du procès intenté en 2002 par les résidents d’Anniston, Monsanto a été jugée coupable d’avoir pollué «le territoire d’Anniston et le sang de sa population avec les PCB» et condamnée à payer 700 millions de dollars de dommages et intérêts. La firme a signé, en marge du procès, un accord avec l'EPA pour un plan de nettoyage de la ville. Aucune peine de prison n'a été retenue contre les responsables de la firme.

Discrétion

Dès 1937, Monsanto savait que les PCB représentaient un grave danger pour la santé. La première étude concerne à cette époque le développement de chloracné chez certains travailleurs des entreprises productrices ou utilisatrice des PCB. Un rapport interne à l'entreprise, aujourd'hui déclassé affirme au début des années 1950 la nécessité de «donner l'alarme» au sujet des PCB car «la toxicité de ses composants a été démontrée de manière répétée». En 1953, des chimistes de l’entreprise avaient testé les PCB sur des rats et découvert que, en doses moyennes, ils tuaient plus de 50% des cobayes. Une note interne de 1955, de Monsanto, estimait les PCB toxiques mais ne signalait pas dans quelles limites;  la lettre  concluait sur des inquiétudes concernant l’image de marque du produit.

Communication

D’autres documents déclassifiés montrent que  l’entreprise savait, à partir de 1965, que les substances fabriqués aux Etats-Unis et dans son usine de Newport, dans le sud du Pays de Galles, sous la marque Aroclor, se concentrent dans le lait maternel, les rivières, les poissons, les fruits de mer, la faune et la flore.

Monsanto demandera à ses commerciaux de démentir toutes questions sur le caractère cancérigène des PCB en citant une étude scientifique réalisée par le Dr Roush, responsable médical de la firme,  étude dont il sera démontré plus tard qu’elle a été manipulée afin de cacher la vérité sur le caractère cancérigène des PCB. En 1969, la compagnie, qui a pris la mesure du phénomène, décide de créer un comité ad hoc dont un des objectifs est de « protéger les ventes et les profits d’Aroclor ainsi que l’image de la compagnie...». Jusqu’à l’interdiction des PCB, Monsanto s’évertuera à cacher la toxicité de ses PCB par des campagnes de désinformation auprès de ses clients et du public comme le prouve une note interne de N.Y Jonhson, datée du 16 février 1970. La logique mercantile de l’entreprise prime sur la sécurité et la vérité vis-à-vis du public.

Monsanto arrêtera de produire des PCB aux Etats-Unis en 1971, mais l’entreprise continuera à produire des PCB, avec l’accord  du gouvernement du Royaume-Uni, qui connaissait pourtant les dangers des PCB dès les années ‘60 et autorisera leur production et le rejet des déchets au Pays de Galles jusqu’en 1977, plus d’une décennie après qu’il soit établi que la contamination des populations et de l’environnement ne faisait aucun doute. 
Il pourrait en coûter jusqu’à 150 millions d’euros pour dépolluer un site du sud du Pays de Galles qualifié de "l’un des plus contaminés" du pays:  67 produits chimiques, incluant des dérivés d’agent orange, des dioxines et des PCB qui n’ont pu être fabriqués que par Monsanto s’échappent d’une carrière non étanche qui n’a pas été homologuée pour recevoir des déchets chimiques. L’enquête de l’Agence pour l’environnement a établi que Monsanto avait payé des sous-traitants pour rejeter des milliers de tonnes de déchets hautement toxiques dans des décharges britanniques, tout en sachant que ses produits chimiques étaient susceptibles de contaminer faune et population. Et 30 ans après leur mise en décharge, les produits chimiques polluent encore la nappe souterraine et l’atmosphère...
Pour Douglas Gowan, expert environnemental,  «les autorités connaissaient la situation depuis des années mais n’ont rien fait. Il est évident qu’il y a eu non seulement négligence et incompétence totale, mais aussi dissimulation, et le problème s’est développé, sans contrôle».

Conclusion

 

159 études scientifiques internationales sur les dangers liés aux PCB expliquent que les trois sources principales de la contamination humaine par les PCB sont l’exposition directe sur le lieu de travail, le fait de vivre à proximité d’un site pollué (usines, décharges, rivières...) et surtout la chaîne alimentaire, la consommation de poisson étant de loin la plus contaminante. Le taux de cancer du foie est quinze fois plus élevé chez les victimes de l’exposition au PCB; les mères contaminées transmettent les PCB par le lait maternel et ceux-ci peuvent provoquer des dommages neurologiques irréversibles chez les nouveaux nés, qui grandiront ensuite avec un «désordre de l’attention» et un QI inférieur à la moyenne

 

 

 

L’information et la science selon Monsanto

 

 

Dissimulations, pressions, études scientifiques bâclées, entrisme dans les agences gouvernementales et les administrations américaines, campagnes publicitaires minutieu sement élaborées et massivement financées: rien n’y fait; les organismes génétiquement modi fiés (OGM) ne «passent» pas dans l’opinion, tout particulièrement en Europe, aucune étude scientifique n’ayant pu conclure ni à leur innocuité ni à l’absence de risques pour la biodiversité liés à leur dissémination accidentelle, ni même se prononcer sur leurs prétendus bienfaits. Dans les années 90, lorsque la FDA s'est penchée sur la demande d'autorisation des premiers OGM, certains inspecteurs ont manifesté de grandes inquiétudes sur le sujet mais leurs écrits ont été censurés et les analyses supplémentaires qui étaient réclamées n'ont jamais été faites. Monsanto avait placé un homme à un poste-clef dans l'un des services de règlementation de la FDA et celle-ci a donné le feu vert à la commercialisation des OGM. Robert Bellé, professeur au CNRS et à l'université Pierre et Marie Curie, spécialisé dans la division des cellules, étudiée sur des oursins, a testé le Roundup, le désherbant commercialisé par Monsanto et utilisé par tous les jardiniers du dimanche. Il est formel, c'est un produit cancérigène. Mais quand il a voulu alerter l'opinion publique, sa découverte a été dénigrée, et les financements pour ses expériences ont été interrompus. Or le Roundup est massivement utilisé sur les plantations, notamment en Amérique du Sud. Certains OGM, comme le soja "round-up ready", sont les seules plantes à pousser sur des parcelles copieusement arrosées de ce puissant désherbant.

 

L'hormone de croissance bovine et les tactiques de Monsanto pour
museler l'information 

Monsanto a été le premier à utiliser une hormone de croissance bovine sur des vaches laitières. Les résultats des recherches menées pour vérifier qu’elles n’étaient pas nuisibles à la santé et à la fertilité des vaches ont été faussés, selon Richard Burrough, ancien inspecteur de la Food and Drug Administration. À l'époque, Burrough, était chargé de réaliser des tests sur l’hormone de croissance transgénique bovine RBGH. Il avait refusé de breveter l'hormone parce qu'il était d'avis que les analyses étaient insuffisantes et en demandait de nouvelles. Les résultats de sa recherche étaient décevants pour Monsanto: pour les vaches comme pour les buveurs de lait, le danger apparaissait énorme. Il sera alors licencié par la FDA qui ne voulait pas payer pour des analyses supplémentaires... Et à partir de 1994, le produit sera commercialisé 
aux Etats-Unis.

En outre, des cas de Maladie de Creutzfeldt-Jakob (une maladie à prion, semblable à l'ESB) ont été attribués à l'utilisation sur des humains d'une hormone de croissance d'origine bovine qui n'est 
plus utilisée maintenant.

Jenny Akre, autrefois journaliste à Fox News, avait enquêté sur les effets secondaires de l'hormone bovine (infection des pis et du pus dans le lait, le JF1, dérivé de l'hormone qui a la capacité à faire croître les tumeurs cancéreuses). Monsanto a alors recommandé à Fox News de ne pas diffuser les reportages; la chaîne reçut une seconde lettre envoyée par un avocat engagé par Monsanto qui menaçait le réseau de poursuites si elle mentionnait le mot "cancer". Les textes de la série de reportage furent soumis à un groupe d'avocats de la chaîne et de Monsanto et fit l'objet de 83 réécritures. Après 8 mois de révision, les reportages ne furent jamais présentés et Jenny Akre fut congédiée...

Comment neutraliser les fâcheux?

Dès qu’un scientifique honnête trouve un résultat qui ne correspond pas aux intérêts de la firme, il est licencié ou banni des cercles de recherche. Le Professeur Ignacio Chapela – par exemple – a eu la mauvaise idée d’écrire un article pas vraiment favorable à la multinationale, publié dans la revue scientifique Nature. Dans son texte, il montre que le maïs que l’on croit sans OGM contient en fait des substances transgéniques, à cause de la contamination génétique. Quand l’article est paru, Ignacio Chapela a subi une sacrée campagne de diffa mation, orchestrée par Monsanto.


Irresponsabilité

Kirk Azevedo est un spécialiste ayant déjà étudié les maladies à prion (dont l'encéphalopathie spongi forme bovine, l’ESB, aussi appelée maladie de la vache folle), des maladies qui se propagent via des prions (protéines sanguines) anor maux. Azevedo a révélé qu'à l'époque où il travaillait pour Monsanto, lors des essais sur une variété de coton transgénique, il avait eu une discussion avec un autre scientifique à qui il avait manifesté son inquiétude au sujet de nouveau patrons protéiques qui étaient apparus de façon spontanée, semble-t-il. Il était d'avis qu'il était plus prudent de cesser l'utilisation de ce coton, car, mentionne-t-il dans le documentaire, un gène mutant peut réorganiser un génome de façon imprévisible et des mutations génétiques spontanées peuvent créer de nouvelles maladies, toxines ou allergies. Monsanto n'a pas voulu cesser l'utilisation du coton transgénique.

L’affaire Pusztai 

En 1998, le bureau de Tony Blair a fait stopper les travaux trop gênants du scientifique Arpad Pusztai, qui considérait qu’il n’était pas juste de prendre les citoyens britanniques pour des cobayes. Ses expériences sur les rats qui avaient consommé des pommes de terre transgéniques montraient qu’ils avaient des cerveaux, des foies et des testicules moins développés que ceux du groupe de contrôle, ainsi que des tissus atrophiés, notamment dans le pancréas et l’intestin. De plus, la prolifération de cellules dans l’estomac lui paraissait inquiétante, parce que cela pouvait faciliter le développement de cancers causés par des produits chimiques. Leur système immunitaire de l’estomac était en surchauffe, ce qui indiquait que les organismes des rats traitaient ces pommes de terre comme des 
corps étrangers.

Avec l’accord de sa direction, Arpad Pusztai décida d’en informer l’opinion publique. Deux jours après, le professeur James lui annonçait la suspension de son contrat à l’Institut Rowett jusqu’à sa mise à la retraite. L’équipe de recherche sera dissoute et ses documents confisqués. De plus, A. Pusztai sera frappé d’un «gag order», une interdiction de communiquer avec la presse sous peine de poursuites, ce qui lui interdit de répondre à toutes les attaques publiques dont il est la cible.

Un comité scientifique de soutien a beau se mettre en place pour soutenir le professeur Pusztai et, après relecture de son étude, confirmer la véracité de ses conclusions, de nombreux scientifiques favorables aux biotechnologies, dont certains de la Royal Society, vont entamer une nouvelle campagne de dénigrement des travaux de Pusztai. Le Guardian révèle au public que la Royal Society a constitué une «cellule de dénigrement», dont le but est de «modeler l’opinion publique et scientifique sur une ligne pro-OGM et de contrer les scientifiques opposés ainsi que les groupes environnementaux». Un membre de la Royal Society, P. Lachmann, tentera de faire pression sur le directeur d’une revue scientifique pour empêcher la parution de la recherche du Pr. Pusztai et du Pr. Ewen.

C’est que la Royal Society a «soutenu dès le début le développement des OGM, et nombreux sont ses membres, comme le professeur Lachmann, qui travaillent comme consultants pour les firmes de biotechnologies».
Enfin, le Pr. Ewen déclare que selon lui «la décision d’arrêter leur travail a été prise au plus haut niveau», par Tony Blair en personne qui aurait appelé à deux reprises le directeur de l’Institut Rowett, car les «Américains trouvaient que notre étude portait préjudice à leur industrie de la biotechnologie, et tout particulièrement à Monsanto…» Cette information a été confirmée par un ancien administrateur de l’Institut Rowett, le professeur Robert Orskov, qui a rapporté en 2003 au Daily Mail que « Monsanto avait téléphoné à Bill Clinton, puis Clinton à Blair, et Blair à James, qui a licencié Pusztai».

Les cercles discrets…

Dan Glickman, ministre de l’Agriculture de Bill Clinton de 1995 à 2000 a avoué quant à lui à Marie-Monique Robin avoir «subi beaucoup de pressions de la part de Monsanto et de certains membres du gouvernement surtout dans le domaine du commerce extérieur». L’entreprise finance, en toute légalité, les campagnes électorales des grands partis. Et «sa capacité d’infiltration dans tous les rouages décisionnels du pays», via le système des «portes tournantes» est encore plus efficace: quatre ministères importants de l’administration W. Bush ont été ainsi «tenus par des proches de Monsanto, soit qu’ils aient reçu des subsides de la firme, soit qu’ils aient travaillé directement pour elle». Parmi ces collaborateurs, on peut citer John Ashcroft, Tommy Thompson, Ann Venneman, Donald Rumsfeld et Clarence Thomas.

Nouvelles poudres aux yeux

Habituées à dicter leur loi aux gouvernements, les sociétés trans nationales doivent maintenant compter avec un éveil civique susceptible de contrecarrer leurs projets. Les voilà donc tout occupées à produire des «codes de bonne conduite» et autres «chartes éthiques» afin d’occulter ce qui reste leurs objectifs: garder les mains libres à l’échelle planétaire en vue de créer toujours plus de «valeur» pour l’actionnaire et de contrôler la
production mondiale.

Les organismes génétiquement modifiés (OGM) ne «passent» pas dans l’opinion, tout particulièrement en Europe, aucune étude scientifique n’ayant pu conclure ni à leur innocuité ni à l’absence de risques pour la biodiversité liés à leur dissémination accidentelle, ni même se prononcer sur leurs prétendus bienfaits. Les grandes firmes du domaine, en premier lieu Monsanto, essayent donc de contourner le problème en tentant de les promouvoir comme autant de remèdes aux problèmes de malnutri tion et de santé publique du tiers-monde et, surtout, comme une solution de rechange au danger des pesticides. C’est avec des campagnes publicitaires minutieusement élabo rées et massivement financées qu’elles essayent de convaincre les esprits récalcitrants.

 

 

 

Frank Furet

Banc Public n°169,

Avril 2008

 

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